Les Véda, textes traditionnels de l’hindouisme

Les Véda, textes traditionnels de l’hindouisme

La tradition dans laquelle un hindou naît et qu’il perpétue est à la fois ancrée dans le passé et intemporelle. Elle propose une vision du monde d’une extrême richesse et d’une extrême cohérence où chacun a sa place, sa fonction et le moyen de parvenir à l’éveil. Elle est une manière d’être au monde, aux autres et à soi-même et aussi un chemin spirituel. Les différentes approches, qu’elles soient savantes ou populaires, ritualistes ou mystiques, exotériques ou ésotériques sont les multiples expressions d’une même sagesse.

À l'origine des Véda

La « découverte » et la traduction des textes sanskrits par des occidentaux à partir du XVIème siècle (entre 1840 et 1870 pour la Bhagavata Parana, le Ramayana et le Mahabharata) et les fouilles archéologiques de la vallée de l’Indus au début du XXème siècle (vestiges d’une civilisation urbaine datée autour de 2700 avant JC et disparue vers 1900 avant JC) , bouleversent les idées et les représentations que les uns et les autres se faisaient de l’histoire, des civilisations, et des religions de l’Inde (agrandie au Pakistan et à l’Afghanistan). Elle modifia aussi la perception que les hindous avaient d’eux-mêmes, de leur organisation sociale, de leurs croyances, de leurs pratiques, les conduisant à repenser et parfois à redéfinir les modalités de leurs identités culturelles et religieuses.

À l'origine : les Véda, savoir, connaissance

Tout ce que nous savons sur la religion et les rituels védiques se trouve dans une masse de textes transmis depuis plus de 3000 ans. Il s’agit surtout des transcriptions d’enseignements oraux.
La partie le plus importante de ces textes religieux est le VEDA , considéré d’essence divine, immuable et inchangé.
Le Veda est constitué de 4 groupes de textes. La RIG VEDA SAMHITA est la partie composée entre le XV et Xème siècle avant JC. Elle est la plus ancienne et sacrée. C’est un recueil d’hymnes et de louanges aux dieux à qui on demande protection au cours de rituels.
Dans le SAMAVEDA et le YAJURVEDA on trouve des formules rituelles et sacrificielles.
Dans l’ATHARVAVEDA, on trouve des hymnes dont certains sont spéculatifs et préfigurent les « commentaires » des BRAHMANA, mais aussi de prières, des incantations, des conjurations, et des charmes utilisés dans des rituels privés pour obtenir, victoire, richesse et amour …
Ces recueils liturgiques, bien qu’ils fassent références à des mythes cosmogoniques, ainsi qu’à des théories métaphysiques et philosophiques se préoccupent surtout de l’efficacité du rituel, du « savoir-faire ». Ils répondent aux questions : que doit-on faire ? Et comment ?

Les textes qui rendent compte de la part mystique et ésotérique de la religion védique comme les BRAHMANA, les ARANYAKA, et les UPANISHAD ( VI et IIIème siècle avant JC) répondent plus à la question du « comment ?» et sont eux aussi considérées comme des textes « révélés » aux RISHI (voyants-sages) qui à leur tour, les ont transmis aux hommes. Cette transmission orale se fit de maître à disciple et de père au fils dans la famille des brahmanes.
Au VIIIème siècle avant JC, les VEDA furent rédigés sous leur forme définitive, mais les brahmanes continuèrent à privilégier la transmission orale.

Les brahmanes

Ils sont chargés de l’enseignement et de la conservation des VEDA ainsi que de l’accomplissement des rituels et de la liturgie. Ils ont le pouvoir de transmettre et de mettre en relation le monde humain et le monde divin.
Au plus haut de l’échelle sociale, ils appartiennent à la première des 4 classes « VARNA » qui constitue la société védique.
La seconde classe les KSHATRIYA est constituée de guerriers chargés de protéger.
La troisième, les VAISHYA sont les agriculteurs, les commerçants et les artisans.
Les membres des 3 premiers VARNAS sont des ARYAS (dont on tirera plus tard le mot aryen).
Quant au SHUDRA, ce sont ceux qui accomplissent les actes les plus difficiles et les métiers impurs. Ils ne sont pas autorisés à participer aux sacrifices, ni à lire ou étudier les Veda. Cependant, il semblerait que les barrières entres ces différentes classes aient été moins étanches que ne le seront plus tard celles des castes.
Ainsi, bien que la littérature védique soit une immense et très précieuse source de connaissances, elle témoigne essentiellement de la religion d’une élite et ne rend pas compte de la réalité religieuse du peuple tout entier.

RITA : une même loi règne sur le microcosme et le macrocosme

Le RITA, c’est ce qui est vrai, régulier, juste. C’est tout à la fois la loi naturelle selon laquelle l’univers est ordonné et la loi religieuse et morale à laquelle chacun doit se soumettre pour maintenir cohésion et harmonie dans le monde.
Tout ce qui existe a sa place et sa fonction dans cet ordre universel et doit s’y conformer sous peine de mettre en péril l’univers.

Les dieux

L’un au-delà de la multiplicité :

« quel est le dieu unique ? – le souffle, c’est lui qui est Brahman et qu’on appelle cela »

La capacité à diviniser, à adorer et à ritualiser semble n’avoir aucune limite. Tout ce qui est lointain, incompréhensible, terrifiant, ou merveilleux, mais aussi tout ce qui est proche, qui nourrit qui soigne ou qui apaise est susceptible de devenir divin et d’être vénéré.

Nombre de dieux et déesses invoqués dans les hymnes apparaissent comme de déifications de phénomènes naturels comme VAYU, le vent, SURYA le soleil, RATRI la nuit, idem pour MITRA qui représente l’ordre cosmique ou LA VACHE source d’abondance ou le SOMA dont on extrait une liqueur destinée aux libations.

Il est probable qu’à l’origine les hommes aient rendu un culte aux forces de la nature afin de les apaiser. Mais la lecture des VEDANTA (commentaires des Vedas) prouve aussi qu’il y avait aussi des dimensions symboliques et spirituelles. Ainsi, VAYU, le vent qui représente le « souffle vital » et le feu sacrificiel est aussi un « outil » de transformation intérieur…

Contrairement au futur panthéon hindouiste, il est difficile de dresser un portrait de chacune des divinités védiques et de définir sa fonction. Une même fonction ou titre peut être attribués à des divinités différentes. Il n’existait pas de représentations anthropomorphiques dans la religion védique. La fonction de création est attribuée à Prajapati (Embryon d’or), ce nom signifie Seigneur des Créations et sert à nommer différents dieux dans leurs fonctions créatrices. C’est bien plus tard que Prajapati désignera une entité particulière.

Voici par exemple comment le SHATAPATHA BRAHMANA raconte sa naissance et celle du monde.
« Au commencement cet univers était eau, n’était qu’une onde. L’eau exprima ce désir : comment pourrai-je me reproduire ? Elle se mortifia, elle chauffa la chaleur ascétique. Quand elle eut chauffé la chaleur ascétique, un œuf d’or apparut. Il n’y avait pas encore d’années en ce temps-là. L’œuf d’or flotta pour autant que mesure la durée d’une année. Au terme de l’année un être mâle apparut, c’était Prajapati. Il brisa l’œuf d’or, mais il n’y avait aucun point d’appui : donc l’œuf d’or, le portant, flotta pour autant que dure une année. Au terme de l’année Prajapati voulut parler. Il dit « Bhûh » et ce fut la terre, il dit « Bhuvar », et ce fut l’espace aérien, il dit « Suvar » et ce fut le ciel… Quant à ces 5 syllabes, il en fit les 5 saisons…il naquit pour une durée de 1000 ans. Comme on voit au loin la rive opposée du fleuve, ainsi vit-il au loin la rive opposée de sa propre vie. Il alla chantant et se mortifiant, car il souhaitait une descendance. Il mit ainsi en lui-même la faculté de procréer. Avec sa bouche il créa les dieux. »

La tradition retient le nombre de 33 dieux divisés en 3 groupes : les 12 ADITYA (divinités solaires, lumineuses. Font régner l’ordre, la loi morale, et cosmique, l’harmonie et l’abondance etc…) Les 8 VASU (l’eau, l’étoile polaire, la lune, la terre, le vent, le feu, l’aurore, la lumière). Les 11 MARUT (les dieux du vent, de la tempête, et des pluies. Ils représentent les souffles vitaux etc …)

Sacrifices et rituels

À l’époque, c’est principalement à travers le sacrifice, YAJNA, que s’établit la relation entre le monde des dieux et celui des hommes.
À des occasions particulières des animaux sont immolés et le SOMA, extrait d’une plante probablement hallucinogène est offert aux dieux. Cette boisson confère puissance, vigueur et immortalité aux dieux. Si le rituel est accompli de manière juste, les dieux se doivent de le satisfaire, accordant protections, prospérité et victoire sur les ennemis et bénédictions aux hommes.

Mais le sacrifice védique n’est pas qu’une simple tractation, il est aussi un acte symbolique par lequel l’homme se hisse au plan supérieur et participe avec les dieux au renouvellement du monde, du temps et de la vie et par là même, à l’immortalité, puisque AMRITA, la non-mort, est considérée comme ce qui se renouvelle sans cesse.

La perfection de l’ordre du monde dépend de la perfection du sacrifice
Un système complexe d’analogie entre microcosme et le macrocosme permet d’interpréter la réalisation du sacrifice sur plusieurs plans, du rituel magico-religieux, somme toute assez archaïque, à l’expérience mystique du divin en soi.

Les rites domestiques

Ils étaient accomplis par le chef de famille. La société védique est patriarcale, c’est le père qui accomplit les rites autour du feu domestique, sa femme doit se tenir à ses côtés.
Ils existaient des rites pour tout et pour toutes occasions : fêtes agricoles, départ des troupeaux, conception, naissance, grossesse, mort, ancêtres, changement de saisons, rythme des lunaisons, offrandes aux « peuples intermédiaires et fantômes des ancêtres » pour qu’ils ne provoquent pas de troubles chez les vivants.

Les rites solennels

Beaucoup plus longs et coûteux que les rites domestiques, ils étaient commandés par les chefs de tribus et les souverains pour célébrer les intronisations, la victoire sur les ennemis. Les sacrifices reproduisant les grands mythes de la création étaient censés réactualiser et régénérer la nature et le cosmos tout entier.
La plupart des sacrifices duraient une journée mais il fallait des semaines et parfois même une année entière pour mettre en place des sacrifices d’une extrême complexité. Les cérémonies avaient lieu en plein air. IL n’y avait pas de temples ni de représentation, image ou idole des dieux. Si la moindre erreur était commise au cours de la cérémonie, le sacrifice était considéré comme nul.

Le passage du védisme au brahmanisme et à l'hindouisme

Dans les ermitages des forets, tous les « deux fois nés » ont accès aux textes sacrés, ils peuvent étudier et suivre les enseignements d’un maître spirituel. Pour nombre d’entre eux, la religion védique ne peut se réduire à des rituels pour obtenir des richesses et des victoires... et à des récitations de textes vides de leur sens profond.
Elle doit se centrer sur l’essentiel : la quête et la réalisation spirituelle, évoluer et s’ouvrir à TOUS.
Certains, surtout des KSHATRIYA s’opposent aux brahmanes qui, pour conserver leur position, prônent une société plus rigide et se rendent indispensables en ajoutant des rites aux rites.

À mesure que le nombre et la complexité de rites augmentent, le pouvoir des brahmanes s’accroît. La religion védique se fige, se rigidifie. C’est contre ce pouvoir et ce ritualisme devenus excessifs que des courants réformateurs voient le jour. C’est dans la classe des Kshatriya que naissent au VIème siècle avant JC les deux grands réformateurs BUDDHA et MAHAVIRA. Parallèlement à ces mouvements qui donneront naissance à de nouvelles religions : le bouddhisme et le jaïnisme, une réforme importante s’opère aussi au sein même de la religion védique. Dans les ermitages on étudie les commentaires des Véda. On appelle ces textes VEDANTA, fin des Veda, et qui signifie aussi fin du texte, fin d’une période, achèvement ou accomplissement.
Impermanence et interdépendance, une nouvelle ère commence ou se prolonge ou se modifie, nourrie des anciennes traditions.

« L’étrangeté et la richesse de l’hindouisme résident dans cette capacité qu’il a de pouvoir tout à la fois évoluer, intégrer des matériaux religieux sans jamais se couper de ses racines profondes ». Les textes de la tradition restent la référence permanente.
L’Hindouisme est pratiqué par plus de 800 millions de personnes dans le monde.

« J’ai laissé mes yeux longtemps s’égarer au loin,
Avant de les fermer et de dire : tu es ici ! »
Rabindranath Tagore

Irène Forterre. Groupe F1. Avril 2018.

D’après : Un et Multiples de Sarah Combe. Edition Dervy

Par |2018-07-11T22:00:40+00:0030 mars 2018|Yoga et Connaissance|0 commentaire

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