Biographie

Jeremy Hayward, proche disciple de Chögyam Trungpa est un des principaux enseignants de Shambhala International. Scientifique de formation et co-fondateur de l’Université Naropa reconnue par les autorités aux Etats-Unis, il a développé dans ses ouvrages la vision de Shambhala et jeté des bases pour un ré-enchantement du monde. Il est actuellement responsable de Detchen Chöling, siège européen de Sambhala International, dans le Limousin.

Propos recueillis par Lama Lhundroup et Khristophe Lanier

Lors d’un séminaire à l’Institut Karma Ling en juillet 2002, Jeremy Hayward a accepté de répondre à quelques questions.

Question : Jeremy pouvez-vous nous parler de l’Université Naropa ? Quelle en était l’idée de base et comment l’avez-vous concrétisée ?

Réponse : Nous avons commencé en 1973, nous étions un groupe désirant mettre en place un programme d’étude estival. Le premier séminaire a eu lieu durant l’été 1974 avec deux sessions de cinq semaines comprenant en tout 20 ou 25 cours différents. Parmi les intervenants principaux, il y avait Baba Ram Das qui était très populaire à l’époque et qui réunissait des milliers de personnes. Il y avait également Herbert Guenther, et bien entendu Chögyam Trungpa. L’idée de base était de faire converger l’Orient et l’Occident. Nous attendions 200 personnes et il en est venu un millier à chaque session, soit 2000 en tout. Trungpa Rimpoche enseignait tous les soirs et Baba Ram Das également. Cela créait un climat un peu particulier, car Trungpa Rimpoche parlait de trancher dans le matérialisme spirituel, alors que Baba Ram Das (Richard Alpert) était dans son trip très indien. Au début des années 70, c’était l’époque aux États-Unis de ce que Trungpa Rimpoche appelait le « supermarché spirituel », avec tous ces gourous qui venaient d’Inde. Il y avait encore assez peu de tibétains, la plupart des bouddhistes étaient des théravadins qui enseignaient vipassana.

Mais, dès le début Trungpa Rimpoche voulait créer une véritable université, pas seulement un séminaire d’été. En 1975 et les années qui ont suivies, nous avons de nouveau mis en place ce programme d’étude et de pratique en augmentant progressivement le nombre de cours et d’ateliers, et nous avons ainsi jeté les bases de ce qui est devenu le Naropa Institute. Le département des études n’avait pas un plan très précis, il intégrait les personnes qui désiraient transmettre quelque chose. Nous avons reçu ainsi un certain nombre d’artistes qui enseignaient la danse, le théâtre, la peinture et l’écriture comme Allen Ginsberg. Il y avait également des psychologues, cela a constitué le programme principal de l’institut.

Mais, lorsqu’on lit le programme de l’Université Naropa, on peut voir qu’il y a des disciplines nouvelles inspirées par le Dharma, comme l’éducation contemplative, la psychothérapie contemplative, il y a aussi un « master en divinités ». Comment avez-vous procédé pour créer ces nouveaux champs disciplinaires ?

Eh bien, au tout début, l’idée était basée sur les trois aspects du Dharma : l’étude, la méditation et l’action. L’aspect le plus important était la méditation bien sûr, et il y avait un entrainement à la méditation proposé toute l’année et, parfois, nous avons tenté d’en faire une condition obligatoire pour avoir accès aux études bouddhiques. Le troisième point est l’action. Nous parlions toujours de l’étude et de la méditation comme partie d’un voyage personnel et, à ce titre, nous avons toujours cherché à intégrer les études et la pratique dans la vie. C’était la philosophie de l’institut. Il n’est pas question d’y venir pour étudier et de repartir chez soi sans faire aucun effort pour l’intégrer à sa vie. Ainsi, si quelqu’un voulait enseigner par exemple la psychologie, cela devenait une combinaison de bouddhisme et de psychologie, ou un programme intégrant des éléments de la psychologie occidentale avec des éléments de la psychologie bouddhiste, ce qui est assez différent de la psychologie contemporaine habituellement enseignée. Il y avait aussi des programmes de danse contemporaine avec des danseurs renommés qui venaient enseigner durant l’été mais, là aussi, on en arrivait à présenter cette pratique en relation avec l’expérience méditative. En effet, la façon de se mouvoir dépend de l’état intérieur, et comment la danse, le mouvement, peuvent-ils être une expérience de notre être ? Avec la pratique de la méditation une fois encore. Une autre discipline enseignée était la poésie avec Allen Ginsberg, une poésie un peu folle mais très en lien avec la vie ! Pour garder ce lien constant, les ateliers de poésie étaient alternés avec les séances de méditation. Bref, les cours à l’Université Naropa sont toujours en lien, d’une façon ou d’une autre, avec le Dharma et sa pratique.

Dans votre ouvrage : « Lettre à une jeune fille… », vous exposez de façon claire ce qui vous apparaît comme les deux obstacles principaux en Occident : le monothéisme dogmatique et le scientisme matérialiste qui isolent l’individu de son environnement, qui séparent l’observateur de l’observé perçus comme « objets extérieurs ». Quel programme d’étude pourrait permettre de mieux mettre en évidence ces deux conditionnements majeurs de notre monde contemporain ?

Il s’agirait de jeter un autre regard sur l’histoire des sciences. Actuellement, nous n’avons pas à l’Université Naropa d’enseignement d’histoire ou d’histoire de la philosophie, mais d’autres disciplines permettent également de mettre en évidence ces tendances de la pensée occidentale. En fait, les deux sciences qui se rapprochent le plus des points de vue bouddhiques sont l’écologie, et nous avons un programme important à ce niveau, et aussi l’anthropologie qui est également enseignée à l’Université Naropa.

Vous avez parlé d’écoles fondées par Shambhala en Amérique, où sont-elles situées ?

En effet, il y a des écoles pour les enfants de 3 à 6 ans, reliées à l’Université Naropa à Boulder (Colorado) et à Halifax (Nouvelle Ecosse, Canada). L’école pour les 6-18 ans, qui était à Boulder, a été transférée à Halifax.

Pouvez-vous résumer les principes éducatifs qui sont appliqués dans ces écoles ?

Trungpa Rimpoche disait qu’il fallait éduquer les enseignants avant les enfants. Il est nécessaire que les enseignants aient une pratique, pas forcément qu’ils soient bouddhistes, mais qu’ils comprennent, acceptent et appliquent les idées des enseignements Shambhala. Le premier principe éducatif est que les maîtres doivent reconnaître la bonté et l’intelligence fondamentales présentes chez les enfants, et travailler à partir de celles-ci. C’est comme un arbre ou une plante qui pousse naturellement et s’épanouit. Il n’y a pas à forcer la plante à pousser de telle ou telle façon, mais simplement l’arroser pour qu’elle devienne belle. C’est l’idée de base qui est extrêmement importante. Les enfants ont le droit d’avoir confiance en eux et d’apprécier la vie. Ils ne doivent pas être éduqués dans la contrainte et encore moins dans la peur et la culpabilité. Un second principe est de proposer aux enfants dès le plus jeune âge des moments de calme. Que ce soit une minute ou jusqu’à 15 minutes, ils sont invités simplement à respirer. Cela n’est rien mais produit une telle différence ! Les enfants commencent ainsi à apprécier le calme, et ils sont invités à y demeurer comme bon leur semble. Un troisième principe est qu’on ne peut enseigner dans les écoles Shambhala si on dénie la vie spirituelle. Bien sûr, les enfants doivent être instruits dans les disciplines scientifiques et autres pour pouvoir ensuite avoir une situation dans la vie, mais il ne peut être question de réduire l’éducation à des aspects matériels et concrets. Enfin, un dernier principe est d’équilibrer l’entrainement de l’esprit avec l’entraînement du cœur. C’est-à-dire de développer, bien entendu l’étude, le raisonnement et la concentration, mais également que les enfants puissent exprimer ce qu’ils ressentent, ce qu’ils apprécient, ce qu’ils aiment.

Y a-t-il des activités corporelles proposées aux enfants ?

Cela dépend des enseignants, il y a parfois des pratiques de Qi gong, Tai chi ou autres, et aussi du sport.

Avez-vous le projet de créer de telles écoles en Europe ?

Cela ne fait pas très longtemps que nous sommes implantés en France et pour l’instant il n’y a pas assez d’enfants. Il faut attendre un peu que le sangha se développe. Mais, par ailleurs, nous nous sentons assez proches des écoles Montessori et Steiner, avec lesquelles nous partageons un certain nombre de vues.

Vous avez évoqué une implication politique de Shambhala, pouvez-vous préciser ?

Il s’agit plutôt d’une conception générale inspirée par la structure du mandala. Un système avec un centre et une périphérie qui soient bien reliés, où les énergies puissent bien circuler, et les personnes bien communiquer à l’intérieur du mandala. Une autre idée est la reconnaissance des hiérarchies naturelles. Les forces qui s’expriment dans la nature sont structurées et se manifestent suivant des cycles. Il y a des lois naturelles : les arbres poussent, la pluie tombe, les saisons se succèdent… Il serait absurde, par exemple, de vouloir placer le printemps avant l’hiver. De la même façon au niveau humain, il s’agit de reconnaître ce qui est : certaines personnes sont plus avancées dans la reconnaissance de l’égo et dans la réalisation de la vacuité. Ces personnes attirent les autres et les choses peuvent se réaliser ainsi. Il y a donc des hiérarchies naturelles dans le genre humain et la vision politique de Shambhala intègre ces réalités. Mais, il y a une grande différence entre les hiérarchies naturelles et les autres hiérarchies, qui sont fondées sur un système pyramidal avec, au sommet, un grand homme ou un grand dieu qui domine tout et dont les directives vont vers la base constituée de la masse. Dans notre vision de la hiérarchie, le sommet est simplement l’espace ouvert et chacun peut y accéder en réalisant l’ouverture complète. Et, plus le centre du mandala est ouvert, plus il y a de communication entre toutes les parties du mandala.

Et pourriez-vous participer à des actions politiques, par exemple pour la paix ou pour l’écologie ?

Oui, c’est possible, mais le plus important est d’agir à la base, pour l’instant Shambhala est encore très jeune ; à peine 25 ans, et nous devons développer et affirmer cette structure, afin d’être une base solide pour les générations futures.

paru dans la revue Dharma n°44 de Décembre 2002

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