Biographie

Gentil CRUZ, né en 1951 à Ibagué (Colombie) , a été assassiné par les Paramilitaires en février 2005 dans le massif de la Sierra Nevada de Santa Marta. Son corps n'a jamais été retrouvé. il était vétérinaire de formation, puis fonctionnaire des affaires indiennes (Ministère de l'intérieur). Sa grand mère, indienne de la communauté Pijao, l'a amené à s'engager et prendre fait et cause, pour les communautés indiennes de son pays, notamment les communauté des Indiens Kogis et Aruacos. Il avait consacré beaucoup de temps à essayer de faire la lumière sur l'assassinat de trois leaders ARUACOS par l'armée Colombienne en Novembre 1990. Un assassinat qui a ce jour n'a toujours pas été officiellement revendiqué. Son engagement pour la vie, les sociétés "autochtones" et la justice dans son pays, lui ont couté la vie.
"Mon rêve serait que les sociétés modernes, les civilisés, comme ils s'appellent eux même, comprennent un peu les sociétés indiennes. Je ne sais pas quand cela arrivera.. Mais ce serait l'occasion de comprendre que l'homme fait partie de la nature, qu'il est une partie du tout. Quand ce rêve se réalisera, je pourrais mourir en paix"      Gentil CRUZ / 2001

 

Propos recueillis et traduits de l’espagnol par Khristophe Lanier

Les indiens kogis à la rencontre des petits frères blancs

Menacés par la réduction de leur territoire, les indiens Kogis de Colombie s’adaptent afin de continuer à vivre suivant leurs traditions ancestrales et tentent de récupérer les terres confisquées. Leur témoignage vient questionner le monde occidental et son développement source de déséquilibres. Gentil Cruz, colombien allié et interprète des Kogis a accepté de répondre à quelques questions lors de la rencontre Ecologie et spiritualité qui a eut lieu en octobre 2004 au Domaine d’Avallon en Savoie.

Question : Pouvez-vous nous parler du rapport qu'entretiennent les Kogis avec la Nature ?

Réponse: Les Kogis ne se considèrent pas comme séparés de la Nature. Ils ne conçoivent pas qu'il y ait la montagne, la rivière, les animaux et eux à part. Non, ils se considèrent vraiment comme faisant partie de la Nature. Ils sont la Nature eux-mêmes et ne se permettent donc pas de faire des divisions dans celle-ci.

Comment se fait l'apprentissage, l’éducation chez les Kogis ?

L'éducation commence dès la vie intra-utérine par la relation très directe entre la mère et son enfant. Après la naissance, cette relation se poursuit et la mère apprend toutes les bases nécessaires à l'enfant. Ensuite l'éducation peut se considérer de différentes façons, c'est l'apprentissage de la vie, la communauté et le milieu ambiant, la socialisation dans le groupe et la relation avec la nature. Les Kogis vivent traditionnellement de façon semi-nomade en se déplaçant sur les versants de la montagne Sierra Marta aux différentes altitudes, à différentes périodes de l'année. Ce mode de vie a une dimension éducative puisque ce massif très proche de la mer, qui s’élève à 5500 mètres, possède tous les étages de climat et de végétation. L’enfant va donc découvrir progressivement les différents niveaux avec les milieux correspondant et les expériences associées à ces milieux. C'est un système qui est extrêmement élaboré, l'éducation se réalise à partir de ces différents étages. Par exemple lorsqu’ils sont malades près du niveau de la mer, ils remontent pour produire un changement autant physiologique que psychologique et ainsi se guérir ; ou encore, ils changent de milieu afin de trouver les plantes médicinales qui leur permettront de se soigner. Tout ceci est découvert progressivement dans un processus éducatif naturel.

N’y a-t-il pas une tendance à la sédentarisation au contact de la civilisation ?

Pas vraiment car ils veulent conserver leur mode de vie traditionnel mais ils sont confrontés à différentes formes d’altération de leur milieu naturel. Le problème majeur actuellement est la dépossession des terres situées dans les étages inférieurs de la montage. Cette situation est liée à la colonisation et à l'expansion des paysans qui viennent s'installer en bas de la montagne et qui s’approprient leurs terres ancestrales. Les Kogis ont donc du mal à pouvoir continuer à vivre comme ils vivaient auparavant car ils sont relégués dans les étages les plus hauts de la montagne. Pour sauvegarder leur mode de vie et d'éducation, il ont cependant remédié partiellement à ce problème en subdivisant les étages qui leur restent dans la montagne afin de maintenir ce système basé sur ces différents niveaux de végétation qui correspondent aux différents niveaux de l'éducation et de leur expérience.

Est-ce qu’ils ont un espoir de récupérer les terres confisquées ?

Le gouvernement colombien leur a attribué des terres où ils peuvent vivre. Ce territoire situé dans la partie la plus haute de la montagne est une réserve naturelle mais ils cherchent à récupérer officiellement le territoire qu’ils ont perdu sur la partie basse de la Sierra de Santa Marta. C’est la raison de notre action avec Eric Julien et de notre présence ici aujourd’hui.

La notion d'équilibre est importante dans le fonctionnement de la société Kogi, n’est-ce pas ?

Effectivement, l'équilibre est fondamental pour le peuple kogi. Toute réalité a toujours deux pôles : le jour et la nuit, le froid et le chaud, le masculin et le féminin; il est vraiment fondamental pour eux de trouver l'équilibre en toute chose. L’action juste pour les Kogis est celle qui préserve un équilibre entre les pôles opposés. Les déséquilibres de plus en plus importants sont liés à l'activité humaine inconsidérée. Au niveau de la sierra, la perte d'étages de végétation, produit un déséquilibre dans l’échelle de température : le chaud et le froid ne sont plus en harmonie. Mais plus généralement, du fait que la montagne est comme une maquette de la planète, un modèle réduit du monde avec tous ses étages de végétation et tous ses climats, les Kogis ont une perception très claire de tout ce qui se passe au niveau mondial comme les perturbations climatiques. Ils savent intuitivement que les déséquilibres globaux s'accroissent au niveau de la Terre entière. Ils sont très conscients, même sans quitter leur terre, même sans être informés par les médias, de tous les problèmes écologiques actuels.

Pour les Kogis quelles sont les causes de ces déséquilibres et comment y remédier ?

Ils ont une vision du monde assez simple en relation avec les quatre points cardinaux auxquels ils associent de façon schématique les quatre grands groupes humains : les indigènes ou les peuples premiers, les blancs ou Occidentaux, les jaunes ou peuples asiatiques et les noirs ou Africains. Ils pensent que ces quatre grands groupes humains ont chacun une fonction précise à assumer vis-à-vis de la Terre pour préserver l'équilibre planétaire. Les Kogis et généralement les peuples premiers ont la fonction de garder l'équilibre intérieur au niveau de la Nature. Ils pensent que s'il y a un déséquilibre au niveau mondial, c'est que d'autres groupes n'ont pas respecté leur fonction et qu'on pourra rétablir l'équilibre uniquement si les grands groupes humains se mettent d'accord sur leurs missions respectives.

C'est pour cela qu'aujourd'hui ils sont sortis de la Sierra pour venir témoigner?

C'est en grande partie pour cela qu'ils ont décidé de voyager, pour témoigner de ce déséquilibre et pour rencontrer les autres groupes humains, en particulier nous les Occidentaux, et nous demander quelle est notre mission sur Terre Ils ne sont pas venus pour apporter des solutions aux problèmes que nous avons créés mais pour nous demander qu'est-ce que nous envisageons, qu'est-ce que nous proposons, pour essayer de rétablir cet équilibre qui est détruit par notre activité inconsidérée.

Quel regard portent les Kogis que vous accompagnez sur notre société ?

Ils ne sont pas surpris au niveau du cadre naturel parce qu'ils connaissent déjà le monde extérieur dont ils ont un modèle réduit dans leur montagne. Ce qui leur importe est de connaître les sociétés, les groupes humains, leur mode de vie et leur organisation qui ont généré ces déséquilibres. Ainsi il est possible de comprendre d’où viennent les déséquilibres et comment y remédier. Ils sont venus pour voir comment les petits frères, comme ils nous appellent, pourraient réduire ou atténuer les nuisances qu’ils ont produit. Ils acceptent que les sociétés occidentales aient pour fonction de se développer donc ils ne remettent pas en cause le développement lui-même mais la façon dont nous avons mené ce développement qui produit autant de déséquilibres. Ils voudraient donc nous interpeller sur le fait qu'on doit trouver une façon de se développer, de vivre avec des choses modernes comme les trains, les voitures et autres, mais sans affecter autant le milieu naturel et produire autant de nuisances au niveau global.

Est-ce qu'ils pensent que les occidentaux peuvent vraiment les entendre et les comprendre?

Ils pensent, c'est très simple, qu'il y a une loi naturelle de l'origine et qu'on ne doit pas enfreindre cette loi. Il n'est pas question d'écouter les indigènes, les Africains ou autres mais de ne pas enfreindre cette loi naturelle. La question est pourquoi cette loi n’est pas respectée et comment elle pourrait l’être davantage.

Quelles sont les différences et les points communs entre les Kogis et nous?

La grande différence qu'ils voient entre le peuple kogi, et plus généralement les peuples autochtones, et les blancs de la société occidentale, c'est qu’eux connaissent la loi d'origine, la loi primordiale, et ils la respectent. Tandis que nous l'avons oubliée, nous ne la respectons pas. Et nous créons chaque jour et toujours des lois pour justement enfreindre cette loi naturelle.

Quelle est pour les Kogis la définition du bonheur?

S'il fallait le définir par un mot, ce serait l'harmonie. Ils voient le bonheur comme l'harmonie entre l'Homme et la Nature. Même s'il y a des conditions difficiles ou des travaux pénibles, tant que ça se fait dans l'harmonie, pour eux c'est le bonheur.

Est-ce que les Kogis pensent éventuellement possible une disparition de l'espèce humaine sur Terre?

Les Kogis pensent que tôt ou tard on doit payer pour ce qu'on a fait. La Terre va nous présenter, commence déjà à nous présenter, la facture de nos actes. Et donc, ce n'est pas impossible que l'espèce humaine disparaisse.

Les trois Kogis qui voyagent avec vous sont des mamus, des « chamanes » dans leur tradition. Pouvez-vous nous parler de leur formation ?

Ils ont reçu une éducation très spéciale. Ils sont repérés déjà lors de la vie intra-utérine. Lorsque la mère et d'autres mamus repèrent un enfant avec des capacités spéciales, la mère adopte une alimentation particulière. Puis après la naissance commence un processus d'éducation très spécifique. Jusqu'à deux ans ils ne sortent pas et ne voient que leurs parents. Ensuite, ils sont emmenés dans un endroit obscur où ils sont éduqués uniquement par un mamu qui va les initier progressivement à la vie. L’endroit peut être une grotte, un temple, une case fermée. Ils n’en sortent pas pour ne pas être “contaminés” par la vue d’objets matériels. Cela leur permet de pouvoir développer leurs capacités spirituelles et d’établir une relation subtile avec toutes les choses, les arbres et autres. Ils entrent ainsi en relation avec l'esprit de ces différentes entités plutôt que leur aspect matériel. Cette période d'éducation peut durer dix, quinze et jusqu’à dix-huit ans. Au terme de cet apprentissage ils sortent et connaissent vraiment les objets. Ils savent ce qu'est un arbre, non pas d'un point de vue extérieur, matériel, mais d'un point de vue beaucoup plus profond, spirituel, parce qu'ils sont entrés en contact avec l'essence, la force des objets. Ils deviennent alors eux-mêmes des mamus, des chamanes, et peuvent enseigner et être les référents spirituels de leur peuple.

Sait-on combien il y a de Kogis actuellement? Un recensement d'il y a cinq ans parle de 12 000 Kogis. Depuis il semble que le nombre ait augmenté légèrement. Donc, un peu plus de 12 000.  

 

Paru dans la revue Dharma n°50 de Avril 2005

 

Depuis son assassinat en 2005,  Eric JULIEN, frère de coeur de Gentil CRUZ, continue à mener cette démarche de rachat/restitution de terres au bénéfices des communautés Indiennes de la Sierra. A ce jour se sont plus de 2000 ha qui ont été racheté et restitués. 
Dans la continuité de cette démarche, en  Septembre 2018, 4 shamans Kogis ont été invités dans la Drôme (France) avec 30 Scientifiques du monde entier, afin de participer à un dialogue croisé de santé territoriale. Trois questions présidaient à ce dialogue entre deux mondes que tout opposent, mais qui auraient tant de choses à se dire:
Question des scientifiques 
-"Les Kogis sont-ils porteurs de connaissances scientifques, que nous ignorons ?"
Question des Kogis
- "Pourquoi vos savoirs ne sont-ils pas opératoires, pour protéger la nature" 
Question partagée
-" Transmettre et/ou apprendre ?"
 

Pour en savoir plus,
consultez les livres de Eric Julien: Le Chemin des neuf mondes (2001), Kogis le réveil d’une civilisation précolombienne (Avec Gentil Cruz 2004) et Voyage dans le monde de Sé: Nouvelles révélations sur les Indiens Kogis (2014)
et le site de l'association Tchendukua
fondée par Eric Julien
qui mène une belle activité en faveur du peuple Kogi en particulier en informant le public sur le sort de ce “peuple racine“ et en recueillant des dons pour racheter des terres dans la Sierra Nevada et de les restituer aux Kogis.   

 

 

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