Shank prakshalana est une pratique yogique de nettoyage des intestins. Oui, oui, nous parlons bien ici de purge intestinale. Il s’agit d’un nettoyage en profondeur de l’ensemble du système digestif qui se fait par ingurgitation d’eau chaude salée. Elle fait partie des nombreuses pratiques de purification appelées kryias. Son objectif est d’évacuer les toxines et les résidus bloqués dans les intestins afin de se faire tout beau de l’intérieur. Joli programme non ?

À première vue, cette pratique peut paraître laborieuse. En réalité, elle est accessible au commun des mortels et peut être exécutée facilement après quelques explications.

  • Les bienfaits :

Vous vous demandez certainement à quoi bon se donner tant de mal ! Eh bien parce que les effets bénéfiques sont nombreux. Notre corps, bien constitué, est doté d’organes visant à éliminer les toxines, on parle d’organes émonctoires que sont les poumons, les reins, les intestins et la peau. Mais il peut arriver que nos chers intestins se retrouvent encrassés par l’accumulation de résidus qui viennent s’agglomérer dans les conduits. En effet, nos intestins sont dotés d’une fonction « auto-lavage » qui vise à faire le grand ménage dans nos boyaux, mais certains résidus peuvent subsister et intoxiquer notre corps à long terme. Cela peut mener au vieillissement prématuré des cellules.

En général, les personnes qui pratiquent shank prakshalana témoignent au niveau physique d’une amélioration globale de la digestion et donc du transit, d’une meilleure haleine, d’une disparition des ballonnements, d’un teint plus lumineux, etc. Ces dernières manifestations indiquent que cette pratique est également bénéfique sur le plan hépatique c’est-à-dire au niveau du foie, qui joue un rôle essentiel dans la digestion. Cela peut même améliorer le sommeil et les douleurs articulaires. Sans compter que c’est une solution radicale face aux problèmes de constipation.

  • Les contre-indications :

Attention toutefois, les personnes souffrant d’ulcères intestinaux, de cancer ou de tuberculose intestinale doivent s’abstenir de réaliser cette pratique. De manière générale, toutes les personnes dont le système digestif est fragilisé ne devraient pas réaliser shank prakshalana, quoique dans certaines situations (telles que les indigestions) cet exercice puisse aider le système digestif à évacuer tous les résidus.

Les femmes enceintes et allaitantes doivent également s’abstenir de réaliser cet exercice.

Il existe aussi une contre-indication en cas de gros problèmes rénaux et d’hypertension car une grande quantité d’eau salée est absorbée. Une personne qui serait dévitalisée ou qui présenterait une fatigue chronique ne doit pas pratiquer shank prakshalana.

  • La méthodologie :

Il faut être à jeun et prévoir le temps nécessaire pour réaliser l’ensemble de cette pratique, c’est-à-dire deux heures.

  1. Préparation de l’eau :

Faites chauffer de l’eau et ajoutez du sel à hauteur de 5 à 6 grammes par litre d’eau, soit une cuillère à soupe rase de sel. Cela correspond à la concentration du sérum physiologique. Vous pouvez commencer par préparer 3 litres d’eau. Le sel permet de passer dans tout le système digestif alors que de l’eau chaude simple serait transformée en urine lors du passage dans l’intestin.

  1. La pratique :

Commencez par boire un verre d’eau salée. Elle ne doit être ni trop chaude, ni trop froide.

Puis enchaînez les quatre mouvements d’asanas décrits plus bas.

Buvez à nouveau un verre d’eau et enchaînez avec les mouvements jusqu’à ce que vous ayez bu six verres.

À ce moment-là, vous devriez aller à la selle. Si ce n’est pas le cas, attendez un peu, puis refaites des séries d’asanas pour favoriser le passage de l’eau.

Après vous être rendu une fois aux toilettes, le siphon est « ouvert ». Vous pouvez enchaîner l’alternance absorption d’eau et séries de mouvements. À ce stade, vous devriez plus ou moins aller aux toilettes après chaque série d’exercices. Vos selles vont devenir de plus en plus liquides au fur et à mesure de la pratique. Vous pouvez arrêter lorsque vous jugez que cela est suffisant pour vous. L'idéal étant bien sûr que l’eau ressorte aussi claire que lorsqu’elle est rentrée : ceci est un idéal, bien entendu. Au total, comptez entre 10 à 14 verres absorbés.

Il se peut que vous ressentiez des irritations au niveau de l’anus dues à l’eau salée combinée à l’utilisation de papier toilette. Il est alors possible d’appliquer un corps gras (huile d’olive ou autre) pour prévenir ces sensations désagréables.

  1. Après la pratique :

    a. À faire impérativement :

Vous devrez rester à proximité des toilettes pendant au moins une heure, le temps que l’eau restante soit évacuée.

Vous devrez impérativement manger après cet exercice au plus tôt une demi-heure après avoir terminé et au plus tard une heure après. Il ne faut pas laisser le tube digestif vide après une heure. Avant d’avoir mangé, vous ne devrez pas boire d’eau (salée ou non) car vous continuerez à aller à la selle. Vous devrez manger du riz blanc cuit à l’eau. Les riz complets sont interdits car ils pourraient irriter les muqueuses. Ce riz doit être très cuit voire trop cuit. Il doit être mélangé à 40 grammes de beurre ou de margarine pour les végans.

b. Les autres indications :

Cette pratique peut fatiguer le corps. Il est conseillé de se reposer et de ne pas pratiquer de sport ou de posture le jour même ni le jour suivant.

Il ne faut pas consommer de produits laitiers dans les 24 heures qui suivent l’exercice. Les aliments acides sont également à proscrire (fruits et légumes crus) ainsi que l’alcool et les épices fortes.

Après 24 heures, vous pourrez recommencer à manger normalement en privilégiant les légumes et fruits cuits facilement digérables et en évitant de manger trop de viande et de faire des excès.

Ne vous inquiétez pas car vos selles ne réapparaitront pas tout de suite. Il est normal que leur couleur soit également différente.

La fréquence de cette pratique dépend de chaque intestin. Les systèmes digestifs avec une tendance à la constipation pourront pratiquer shank prakshalana tous les trois mois alors que d’autres ne le feront qu’une fois par an. Mais il ne faut jamais la pratiquer plus d’une fois tous les deux mois.

c. Que faire en cas d’échec ? :

Si vous n’y arrivez pas du premier coup, ne vous découragez pas. Cet exercice peut être un peu difficile au début. Il vous prendra aussi beaucoup plus de temps les premières fois.

Si après avoir bu les quatre ou cinq premiers verres, vous avez une sensation de réplétion ou de nausée, cela signifie que le passage entre l’estomac et les intestins ne se fait pas correctement. Vous pouvez alors recommencer les exercices 2 à 3 fois pour ouvrir ce passage.

  1. Les mouvements :

Il s’agit d’un enchaînement de 4 mouvements. Si vos muscles sont froids, il est préférable de faire quelques échauffements de la nuque et du dos avant de commencer.

a. Le premier mouvement :

Debout. Pieds écartés un peu plus large que le bassin. Porter les bras au-dessus de la tête, doigts entrecroisés. Garder le dos droit. Sans faire pivoter le buste, incliner le tronc à gauche puis à droite et répéter ce mouvement 4 fois, soit 8 mouvements au total. Il a pour but de faire passer l’eau de l’estomac aux intestins.

 

 

 

 

b. Le deuxième mouvement :

Debout. Pieds écartés un peu plus large que le bassin. Bras tendus à l’horizontal. Plier le bras gauche pour que l’index touche la clavicule droite et faire une rotation du tronc à droite, porter le regard loin derrière. Le bras droit est porté à l’arrière et le bras gauche plié à l’avant. Il faut répéter ce mouvement à droite et à gauche 4 fois, soit 8 mouvements au total.

 

 

 

 

c. Le troisième mouvement :

En position chien tête en haut, en appui sur les mains et le bout des pieds. Les pieds sont écartés de 30 centimètres environ. Porter le regard à droite et regarder loin derrière sur le talon gauche si possible. Puis, inversez pour porter le regard sur le talon droit. Répéter 4 fois de chaque côté, soit à nouveau 8 fois au total. Ce mouvement fait progresser l’eau dans l’intestin grêle.

 

 

 

 

 

 

d. Le quatrième mouvement :

Accroupi, les pieds écartés de 30 centimètres environ. Les mains sont posées sur les genoux. Venir porter le genou gauche au sol, devant le pied droit, tourner le tronc à droite pour comprimer le ventre. Répéter l’opération de l’autre côté et répéter 4 fois de chaque côté, soit 8 fois au total. Le but est de faire passer l’eau de l’intestin grêle vers le côlon. Pour les personnes souffrant de problème de genoux, prendre la variante décrite ci-après.

 

 

 

 

e. Variante du quatrième mouvement :

Assis les jambes tendues. Replier la jambe gauche et venir pivoter le tronc à gauche. Porter le regard loin derrière. Inverser et répéter ce mouvement 4 fois, soit 8 fois au total.

 

 

 

  • Résumé de la pratique :
  • Boire un verre d’eau salée
  • Faire une série d’exercices : 4 mouvements répétés 4 fois de chaque côté
  • Refaire cet enchaînement absorption d’un verre d’eau + série d’exercices 5 fois
  • À ce moment-là, vous devriez commencer à aller à la selle
  • Refaire des enchaînements verre d’eau + série d’exercices jusqu’à ce que vous jugiez que cela est suffisant
  • Attendre entre 30 minutes à maximum 1 heure sans boire ni manger
  • Manger un bol de riz blanc bien cuit avec 40 grammes de beurre ou de margarine
  • Reposez-vous
  • Retour d’expérience :

Étant dotée d’un système digestif très fragile, je suis depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, sujette à de nombreux désordres gastriques ! La pratique de shank prakshalana associée à une alimentation saine a résolu tous ces problèmes. Après cet exercice, je me sens tout de suite plus saine et plus légère. Dans les jours qui suivent, je me sens bien dans mon corps et j’ai la sensation d’être pleine de vitalité. Cette pratique m’a également sauvé la mise après avoir consommé des fruits de mer visiblement peu frais. Elle m’a permis d’évacuer tout ce qui devait l’être et de rapidement passer à autre chose ! Je ne la pratique pas régulièrement mais j’attends d’en ressentir le besoin, ce qui arrive en réalité environ 3 fois par an.

  • Conclusion :

Cette pratique peut sembler étrange pour les Occidentaux que nous sommes mais elle trouve en réalité son équivalent dans d’autres cultures. Par exemple, en Nouvelle Calédonie, les Kanaks pratiquent une purge annuelle collective en avalant successivement des mélanges à base d’eau de mer et de plantes médicinales. En Afrique, les feuilles de séné sont utilisées depuis toujours pour tonifier les intestins et accélérer le transit. Si ces méthodes peuvent nous rendre la vie plus légère, alors pourquoi s’en priver ?

Emma Sun

  • Bibliographie :

VAN LYSEBETH, André, Je perfectionne mon yoga, Bruxelles, Flammarion, 1969.

 

 

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