La sushumna dans le thème astral

La sushumna dans le thème astral

Trouver un axe de réalisation dans notre ciel de naissance

On peut trouver des similitudes dans les approches traditionnelles de l’astrologie et du yoga. Le thème astral et le corps subtil d’un individu ne sont-ils pas comme un jeu de miroirs au niveau énergétique ? Si les yogis recherchent l’éveil de l’énergie et de la connaissance dans le canal central sushumna, est-il possible de localiser un reflet de cet axe médian dans notre thème astral ?

Les convergences de l’astrologie et du yoga

Nous avons vu dans un précédent article (voir Infos-yoga n° 93 – été 2013) les relations générales entre l’astrologie et le yoga. Nous proposons d’aborder ici un thème plus spécifique : peut-on repérer notre axe central (sushumna) dans notre thème astral ?

Le yoga et l’astrologie sont deux disciplines traditionnelles qui développent la connaissance du lien subtil qui unit l’individu et l’univers, le microcosme et le macrocosme. En schématisant, on pourrait dire que le yoga part de l’individu pour rejoindre l’univers, alors que l’astrologie procède à l’inverse. Dans le yoga, on agit sur notre propre microcosme, le corps dans ses différents niveaux (physique, énergétique, mental) pour se relier au macrocosme (le Tout), alors que dans l’astrologie on observe le ciel, symbole du macrocosme, pour décrypter le microcosme. Ainsi ces deux disciplines visent non seulement à relier microcosme et macrocosme mais encore à nous faire dépasser l’illusion de la dualité qui nous les fait apparaître comme séparés.  

La polarité lune-soleil dans le corps subtil

Le mot « yoga » évoque l’union ou l’unité, alors que le mot « hatha »  renvoie à la polarité soleil – lune (« ha » symbolise le soleil ou l’aspect actif, « tha » représente la lune ou l’aspect réceptif). Ainsi « hatha yoga » signifie  « union du soleil et de la lune ». Dans le hatha yogales chakras et les nadi, on parle d’un corps subtil ou énergétique composé de 72 000 nadi qui véhiculent les prana vayu (les différents aspects de l’énergie vitale), et de multiples chakras (roues d’énergie présentes à chaque croisement de deux ou plusieurs nadis). Parmi tous ces canaux d’énergie, il en est 10 principaux reliés aux 10 orifices de notre corps physique, ou les dix portes de notre temple interne1. De ces 10 canaux, les yogis n’en retiennent en général que trois : sushumna nadi, le canal central qui suit la colonne vertébrale et relie l’anus à la fontanelle, ida nadi, le canal lunaire, et pingala nadi, le canal solaire. Ida et pingala, les canaux latéraux, serpentent le long de l’axe central, de la base (mulhadhara chakra) jusqu’au front (ajna chakra), puis redecendent aux deux narines. A chacun de leurs croisements est un chakra majeur : svadhistana chakra dans le pubis, manipura chakra dans le ventre, anahatha chakra dans le cœur, et vishuddha chakra dans la gorge. 

« Ida est associée au principe lunaire, Pingala au principe solaire. Dans Sushumna réside Shambbhu. Shambhu y réside sous la forme de l’oie (hamsa, symbole de la connaissance) » Shiva Svarodaya, verset 50.

Il est dit que l’énergie monte à gauche dans le canal lunaire, et descend à droite dans le canal solaire. L’art du pranayama vise à acquérir une maîtrise du souffle subtil par des techniques respiratoires alliées à des mudra, des visualisations et des mantras. Dans cette perspective, il est question d’équilibrer et d’harmoniser le souffle dans les canaux latéraux puis de le fluidifier et de le subtiliser dans l’axe médian. Il s’agit de sortir de la dualité illustrée par la polarité lune-soleil, pour retrouver l’unité associée au canal central. Cette voie du milieu (madhya marga), qui est considérée par les yogi comme le plus court chemin vers l’éveil, n’est pas qu’un canal du corps subtil, mais s’actualise dans tout point de vue ou toute démarche permettant de résorber la dualité inhérente à ce monde manifesté. Il existe ainsi des approches plus philosophiques ou métaphysiques de la voie du milieu. Peut-on également en trouver des visions plus astrologiques ?

La variété des points de vue

éclipses et thème astralPrécisons d’abord qu’il n’est pas question de donner une réponse définitive à cette question, mais qu’il s’agit plutôt de proposer quelques pistes de réflexion. Dans le yoga, on dit qu’il ne saurait y avoir un seul point de vue, et que chacun doit trouver celui qui lui convient le mieux. Dans l’astrologie, il y a également plusieurs manières de considérer les choses. Si on a coutume de dresser une carte du ciel de façon géocentrique (en considérant que la Terre est au centre du système), on peut également la réaliser de façon héliocentrique (avec le soleil au milieu). Par ailleurs, on peut utiliser soit le zodiaque tropical (zodiaque des saisons), soit le zodiaque sidéral (zodiaque des étoiles) ou encore le zodiaque lunaire divisé en 27 demeures ou Nakshatra2.
En outre, on peut aussi calculer les maisons astrologiques d’après plusieurs systèmes, qui font varier sensiblement les  positions de l’axe milieu du ciel-fond du ciel3. Tous ces systèmes de référence fonctionnent à leur façon, cela montre bien que les différents points de vue sont relatifs. Dans ce contexte, on peut facilement concevoir dans le thème astral, plusieurs relations analogiques avec l’axe de la sushumna.

Trois axes du thème astral liés à sushumna

Lorsque l’on considère un thème astrologique, il est possible de trouver différents axes que l’on pourrait associer symboliquement à sushumna nadi :

  • Puisque ce canal médian est représenté dans le corps subtil par une ligne droite à mi-chemin entre les canaux ida et pingala qui représentent les  trajectoires du soleil et de la lune, on peut utiliser la méthode des mi-points pour tracer dans le thème astral un axe qui passe à mi-chemin entre les positions du soleil et de la lune de naissance4. Cet axe indique comment réunir en nous les parties masculine et féminine, tout comme l’axe central peut permettre au yogi de faire fusionner ses aspects solaire et lunaire.
  • Une autre façon de trouver dans le thème une analogie avec le canal médian, est bien sûr de considérer l’axe milieu du ciel-fond du ciel qui représente la verticalité dans le macrocosme de notre ciel de naissance, alors que la sushumna représente la verticalité du microcosme de notre corps subtil. Cet axe souligne différents aspects dans l’analyse du thème astral : le fond du ciel est en lien avec les origines du sujet, le milieu du ciel indiquant comment le sujet pourra se réaliser au niveau social dans cette vie.
  • Un troisième axe, bien connu des astrologues, est l’axe ascendant-descendant qui représente l’horizon dans notre ciel de naissance, et donc qui délimite le visible et l’invisible5. L’analogie n’est plus en relation avec la verticalité, mais avec l’ombre et la lumière, la nuit et le jour et avec leurs astres respectifs, lune et soleil. L’ascendant représente le sujet tel qu’il se manifeste dans ce monde, et d’abord au plan physique, alors que le descendant symbolise les autres et le monde tels qu’ils se présentent au sujet. L’axe qui relie ces deux points illustre le rapport et le jeu dynamique qui s’instaurent entre le sujet et le monde, avec leurs répercussions tant dans l’intériorité que dans l’extériorité.

L’axe du dragon Rahu-Ketu

S’il paraît judicieux de considérer dans un thème astral ces 3 axes (mi-points soleil-lune, fond du ciel-milieu du ciel, ascendant-descendant), il en est un quatrième qu’on peut également associer au canal médian cher aux yogis, c’est bien sûr l’axe des nœuds lunaires. Ce 4ème axe nous projette dans un autre plan par rapport aux 3 premiers qui demeurent davantage bornés par les limites de l’ego et de la dualité. L’axe des nœuds lunaires est déterminé par l’intersection du plan de l’écliptique (trajectoire de la Terre autour du soleil) et du plan de la révolution lunaire autour de la Terre. En effet l’orbite de la lune n’est pas alignée avec l’écliptique : en conséquence, dans sa révolution mensuelle autour de notre planète, la lune croise l’écliptique 2 fois. Lorsqu’elle passe de l’hémisphère céleste sud à l’hémisphère céleste nord, on dit que c’est le nœud ascendant ou nœud nord, qu’on appelle également tête du dragon ou Rahu dans l’astrologie indienne. Lorsqu’elle passe de l’hémisphère céleste nord à l’hémisphère céleste sud, on dit que c’est le nœud descendant ou nœud sud, qu’on appelle encore queue du dragon ou Ketu dans l’astrologie indienne.

On voit tout de suite l’analogie avec ce que représente la sushumna du yoga, qui est l’axe où les nadi solaire et lunaire se rencontrent theme-astral-ramana-maharshipériodiquement, et où leurs énergies peuvent se résorber dans la vacuité, car Rahu (nœud nord) et Ketu (nœud sud) sont à proprement parler les croisements des trajectoires solaire et lunaire6. Ces points virtuels qui n’ont aucune matérialité sont pourtant considérés comme des planètes dans la tradition astrologique indienne (ou astro-yogique) mais, comme tout a une dimension mythologique dans cette tradition, Rahu et Ketu ont également des représentations diverses. En général, la tête et la queue du dragon sont perçues comme celles d’un ancien asura (demi-dieu ou dieu jaloux) qui fut décapité par le disque de Vishnu lorsqu’il chercha à s’emparer de l’amrita (ou élixir d’immortalité) qui était réservé aux dieux. À la suite, la tête et la queue du monstre furent projetées dans l’espace où elles errent depuis, traquant le soleil et la lune : Rahu et Ketu cherchent à se venger des luminaires (soleil et lune) qui avaient dénoncé à Vishnu l’asura qui voulait dérober le nectar des dieux.

Thème astral Ramana Maharshi

Les liens entre sushumna et le dragon dans le thème astral

Dans l’astrologie indienne ces « planètes », qui sont immatérielles, ont une importance considérable. Certains astrologues leur accordent même plus d’importance qu’à toutes les autres planètes réunies. En effet, les 7 planètes matérielles7 ont à voir avec notre incarnation, alors que Rahu et Ketu sont davantage en relation avec un principe plus subtil qui dépasse et guide l’incarnation présente. L’axe des nœuds, qui est aussi pris en compte par les astrologues occidentaux, est parfois présenté comme l’axe de la destinée, la queue du dragon étant perçue comme le point d’où l’on vient et la tête du dragon comme le point vers lequel on se dirige. A ce stade on peut évidemment faire un parallèle avec l’axe de la sushumna où la base (muladhara chakra) est associée à notre dimension la plus grossière (élément terre) et à notre nature animale, alors que la partie supérieure qu’on nomme aussi la porte, ou orifice de Brahma (Brahmarandra qui correspond à nirvana chakra) est associée à notre nature la plus subtile ou divine.

Dans le hatha yoga, il est question d’éveiller l’énergie endormie dans la base pour la faire remonter dans la sushumna jusqu’au sahashrara (lotus aux mille pétales « situé » au dessus de notre tête et qui symbolise l’éveil parfait). Dans le thème astral, un examen minutieux des positions des nœuds sud et nord donnera, sinon une voie d’évolution bien tracée, au moins quelques indications sur le sens de notre incarnation.

 

1  On peut également associer ces dix canaux aux dix planètes, qu’on peut considérer comme les dix portes de notre temple externe, l’univers. Comme il existe sept portes visibles dans notre corps (les yeux, les oreilles, les narines et la bouche) et trois portes invisibles (l’anus, le sexe et la fontanelle), il existe sept planètes visibles dans le ciel (soleil, lune, mercure, vénus, mars, jupiter et saturne), et trois planètes invisibles (uranus, neptune et pluton).

2     Voir l’ouvrage de Kerneïz « Le hatha vidya », éditions Tallandier, 1945, plus particulièrement les chapitres VII et VIII.

3    Cet axe relie, à un moment donné, le point de l’écliptique (trajectoire apparente du soleil) le plus haut dans le ciel, au point de l’écliptique le plus bas dans le ciel. Lorsqu’il est midi en heure locale, on dit que le soleil passe au milieu du ciel et lorsqu’il est minuit on dit que le soleil passe au fond du ciel. Donc une personne née à midi solaire a dans sa carte natale « le soleil au milieu du ciel ».

4    Par exemple : pour une personne ayant à sa naissance le soleil à 1° du bélier et la lune à 1° du gémeaux, l’axe passera entre le 1er degré du taureau et le 1er degré du scorpion. Bien sûr, cet exemple est simplifié et il faudra en général calculer de façon un peu plus précise le nombre de degrés entre le soleil et la lune, et ensuite diviser par deux pour trouver la position de l’axe en question.

5     Pour les lecteurs non avertis, rappelons que l’ascendant dans le thème natal est le point de l’écliptique qui apparaît, au moment considéré, du côté Est – du fait de la rotation de la terre – et que le descendant est le point qui disparaît en face, du côté Ouest. Ces deux points ascendant-descendant marquent donc la ligne d’horizon et démarquent ce qui est visible (diurne) et  non visible (nocturne) dans le ciel. Lorsque l’on dresse un thème astral on regarde dans quelle partie du ciel zodiacal se situent ces points, on pourra ainsi déterminer l’ascendant d’un natif (par exemple ascendant en lion ). Pour une personne qui naît au lever du jour, on dit qu’elle a le soleil à l’ascendant et donc l’ascendant du même signe que le soleil (dans notre exemple, la personne sera lion ascendant lion).

 6   Pour plus de précision sur les aspects astronomiques des nœuds lunaires et des éclipses ainsi que sur les dimensions symboliques et mythologiques de celles-ci, voir l’ouvrage : Les éclipses, mythes et symboles de Khristophe Lanier, éditions peuples du monde, 1999, disponible sur www.yoga-horizon.fr

7    Dans l’astrologie traditionnelle, qu’elle soit occidentale ou orientale, on considère les 7 planètes visibles à l’oeil nu : soleil, lune, mercure, vénus, mars, jupiter, saturne. Les 3 planètes invisibles sont parfois prises en compte mais davantage à un niveau transpersonnel. Le mot planète signifie étymologiquement « astre errant » car on les voit bouger sur la toile de fond céleste contrairement aux étoiles dites fixes.

 

Khristophe Lanier et Isa Borgo

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