Shirshasana, la posture sur la tête

Shirshasana, la posture sur la tête

Comment adopter un autre point de vue

Se mettre la tête à l’envers est sans doute une des pratiques les plus bénéfiques qui soient. En effet shirshasana apporte des bienfaits physiologiques incomparables, mais elle permet en outre d’appréhender le monde différemment en relativisant conceptions et certitudes. C’est également une possibilité concrète, par une pratique assidue, de relier les opposés et d’inverser certaines tendances. En effet cette attitude physique, véritable défi à l’ordre des choses, produit des effets puissants au niveau énergétique et mental.shirshasana

Le corps, temple de la conscience

Le hatha yoga ou « yoga de l’effort violent » est une voie volontariste qui recherche la libération à travers le corps physique et énergétique. Dans ce contexte le corps est considéré comme éminemment précieux et digne d’attention dans la mesure où il constitue un véhicule adéquat pour réaliser notre nature ultime. Véritable joyau que même les dieux nous envient, le corps est perçu par le yogi comme le temple de la conscience, qu’il convient de garder pur et lumineux. Il est aussi vu comme la barque permettant de suivre le fleuve de la vie jusqu’à l’océan de l’éveil, pour peu qu’on ne se noie pas dans quelque remous ou rapide. Il va de soi qu’une embarcation mal dirigée ou prenant l’eau ne permet pas d’arriver au terme.

Le hatha yogi cherche en conséquence la maîtrise de son corps dans ses différentes dimensions, et sa longévité afin de pouvoir atteindre son but dans cette vie même ou à son terme, sans spéculer sur d’hypothétiques vies futures.

Shirshasana, pratique de longue vie

Dans cette perspective le hatha yoga dispose de nombreuses techniques visant à acquérir maîtrise et longue vie, parmi celles-ci les exercices de pranayama et les postures inversées ont un rôle capital. Les yogis expliquent à leur façon comment ces pratiques permettent la longévité. Concernant le souffle, il est dit que chacun dispose d’un nombre limité de respirations et que lorsque celui-ci est épuisé, la fin est inéluctable. Avec la pratique du pranayama qui permet de ralentir et même d’arrêter son souffle, il est donc possible de retarder l’échéance finale. Pour ce qui est des poses inversées, les yogis expliquent de façon symbolique qu’elles permettent d’économiser notre « nectar lunaire » (soma). Dans cette optique l’énergie vitale est assimilée à un liquide contenu dans la Lune située à la base du palais, et qui s’écoule goutte à goutte vers le bas, venant se consumer dans le Soleil qui siège au niveau du nombril.

Le Hâtha Yoga Pradipikâ (III-77) mentionne ainsi : « Toute l’ambroisie qui s’écoule de la Lune à la divine beauté, est, sans en rien excepter, dévorée par le soleil et c’est pour cela que le corps est sujet à la décrépitude ».

Pratiquer les postures inversées permet ainsi d’économiser cet élixir d’immortalité aussi appelé amrita. Ce processus est également évoqué dans la Gheranda Samhita (III. 33-36) et le Shiva Samhita (IV. 45-47). La médecine moderne confirme ce point de vue de façon moins imagée en démontrant que les asana inversés ont une action bénéfique sur la santé, en particulier en favorisant la circulation sanguine et donc l’irrigation du cerveau et des organes, ou encore en stimulant la respiration et en réalignant la colonne vertébrale.

Descriptif de shirshasana

vajrasanaShirshasana, la posture sur la tête, que beaucoup de yogis considèrent comme le roi des asana, ne doit pas être abordée à la légère, Il convient d’avoir déjà pratiqué des postures inversées comme sarvangasana et viparita karani mudra pendant un certain temps.

Lorsque le corps est bien échauffé comme par exemple après Surya namaskar ou à la fin d’une série d’asana, s’asseoir sur les talons dans la posture du diamant ou vajrasana.

Prendre conscience du corps et du souffle et se concentrer quelques instants (éventuellement en se visualisant en train de réaliser shirshasana). Puis venir placer la tête au sol, l’arrière du crâne appuyé contre les mains entrecroisées. Trouver le meilleur appui de la tête au sol, afin d’avoir l’équilibre le plus stable. Puis commencer à lever lentement les jambes pliées.

 

 

préparation à shirshasana

Au début ne pas chercher à monter directement, rechercher le meilleur équilibre en ajustant éventuellement un peu l’appui et la position des jambes.

Lorsqu’on se sent bien stable monter les jambes puis les déplier et pointer les pieds vers le haut. Il faut en général un certain temps pour arriver à la posture finale. Il est déconseillé de s’élancer pour monter même si on pratique devant un mur qui doit alors rester une sécurité et non servir d’appui. Il vaut mieux en effet progresser lentement mais sûrement plutôt que de brûler les étapes en cherchant à monter à tout prix, alors que l’on n’a pas la maîtrise suffisante.

Lorsqu’on est capable de prendre la posture finale, trouver le meilleur équilibre qui permettra la plus grande immobilité.

Augmenter progressivement le temps de quelques secondes à quelques minutes. Il convient d’être conscient de ses limites, de ne pas les dépasser mais

shirshasana, posture sur la têtede les repousser peu à peu par une pratique tranquille et régulière. Prendre soin de descendre lentement en pliant les jambes et se relaxer ensuite à plat dos ou dans la posture de l’embryon d’or après être resté quelques instants dans la postures du diamant.

 

Les souffles possibles dans shirshasana

Le souffle est la clef pour entrer et demeurer dans la posture, il convient donc de ne pas le bloquer, ce que l’on a tendance à faire lorsque l’on force physiquement. Pour plus de sécurité prendre et quitter la posture sur une expiration. Une fois immobile dans l’attitude inversée, adopter un souffle égalisé (1 temps d’inspiration pour 1 temps d’expiration) ou bien un rythme 1-2 (1 temps d’inspiration pour 2 temps d’expiration) en augmentant les temps très progressivement. On peut ensuite éventuellement placer des rétentions à poumons pleins ou à poumons vides, mais ne pas forcer dans ce sens.

Kapalasana et variantes de shirshasana

préparation à kapalasana

Kapalasana, la posture sur le crâne, diffère de shirshasana par son appui. Elle permet d’effectuer un bon entraînement à l’inversion avant de monter à la verticale dans la mesure où on peut rester les genoux posés sur les coudes de façon assez confortableCette attitude est l’une des deux versions de kakasana, le corbeau. Il faut prendre soin de bien positionner les mains à plat au sol de façon à former avec la tête un triangle à peu près équilatéral. Cet appui permet en général au débutant de monter plus facilement mais se révèle finalement moins confortable pour demeurer dans l’attitude inversée, c’est pourquoi les yogis adoptent le plus souvent shirshasana.

Les variantes de la posture sur la tête sont nombreuses et peuvent être exécutées en shirshasana ou en kapalasana. C’est évidemment la posture en lotus, qui est la plus puissante, celle qu’il convient de pratiquer dans la durée. Cette attitude allie les effets de shirshasana à ceux de padmasana, la reine des postures assises. Ses bienfaits sont incomparables.

Une autre variante consiste à écarter les jambes, ce qui assouplit sans effort et favorise la prise de mahakonasana. 

kapalasana

 
   

Effets physiologiques de shirshasana

C’est avec shirshasana que la posture inversée prend toute sa mesure car la pose sur la tête amplifie la plupart des effets de sarvangasana et de viparita karani mudra (action sur la circulation et les glandes surrénales et thyroïde, décongestion de la zone abdominale, stimulation les fonctions cérébrales, développement du souffle abdominal…).

Shirshasana est également bénéfique pour la vue, l’ouïe, les cheveux, la peau. Elle redresse la colonne vertébrale, elle agit sur toutes les glandes endocrines et stimule intégralement les fonctions vitales. La pratique régulière de cet asana est un bienfait pour tout le corps. Les contre-indications à shirshasana sont moins nombreuses qu’on pourrait le penser, si on a un doute il est prudent de demander l’avis d’un médecin, et/ou d’un ostéopathe. Attention en particulier aux problèmes de cervicales, d’anévrisme, d’hypertension et également de pression intra-occulaire.

Autres effets de la posture sur la tête

Sur le plan subtil cette posture agit puissamment sur le centre d’énergie de la gorge. Ce chakra nommé vishuddha est associé à l’éther ou espace, cinquième élément qui contient les quatre autres, et en cela, il règle le fonctionnement général du plan physique. Siège de la parole, du verbe créateur, il est la porte d’accès aux états de conscience supérieurs.

Shirshasana stimule plus encore ajna chakra qui réside dans le front et régit le plan mental. Ajna signifie « commandement », il est le siège de la volonté pure, de la raison et également de l’intuition. Il est l’intermédiaire entre l’absolu qui réside dans le lotus aux mille pétales au sommet du crâne et le phénoménal lié aux chakras inférieurs. Il est aussi le lieu où se résorbe la dualité des pôles lunaire et solaire dans la lumière du feu intérieur. En inversant totalement la position du corps, shirshasana place tous les chakras et leurs énergies sous la maîtrise effective d’ajna chakra.

 

Khristophe Lanier

Article paru dans la revue Infos Yoga n°32 Avril 2001

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