1,2,3… Soleil ! Entre mouvement et immobilité

La méditation est le juste équilibre entre mouvement et immobilité. La pratique formelle permet de développer son attention, un état de concentration qui peut également être expérimenté dans les activités du quotidien ou durant nos loisirs. Invitation à aller entre mouvement et immobilité à travers la pratique du monocycle.

Yoga et immobilité

Le Yoga fait du contrôle mental l’une de ses priorités. Une célèbre phrase des Yoga-sûtra de Patanjalî affirme: « Le Yoga est la cessation des activités mentales », entendez par là de l’agitation mentale. Le contrôle de la pensée est assimilé à l’immobilité. Immobilité du corps, de la respiration et des pensées.

La posture est : immobilité et fermeté du corps, immobilité du souffle, immobilité du mental.

« Lorsque le souffle est agité, l’esprit est agité. Lorsque le souffle est immobile, l’esprit est immobile. Le Yogin atteint la fixité. C’est pourquoi l’on doit arrêter le souffle » (stance II,2 du Hatha-Yoga Pradipika).

Une maîtrise parfaite et absolue de la pensée ne peut s’acquérir que par une pratique intensive. Bien que ce soit possible, cela demande des efforts importants et un investissement en temps bien trop grand pour être envisageable dans le cadre de notre vie quotidienne.

Cependant, après l’avoir reconnue, l’immobilité du mental peut être progressivement développée puis stabilisée par la pratique.

L’immobilité du mental, ou la vigilance silencieuse, est un état de pleine présence à l’instant,  de lâcher prise sur le passé et sur le futur, libre de discours et de commentaire intérieur.

Alternance entre mouvement et immobilité

Les techniques pour obtenir le calme mental sont en nombre infini, basées en général sur l’occupation préalable du mental  (attention à un support, mantras, visualisations, souffles …). Après quoi l’état de vigilance silencieuse peut être progressivement développé  (porter son attention exclusive sur chacune des secondes qui se succèdent sans  en manquer une seule, reconnaître puis étendre l’espace entre deux pensées ou deux monologues intérieurs, …).

Pour prendre conscience et reconnaître l’immobilité du mental, on peut aussi utiliser l’effet de contraste entre mouvement et immobilité. Dans le mouvement, le mental est capable de se libérer en partie de toute pensée ; un grand nombre de pensées est détourné ou disparaît. Une immobilisation soudaine (du corps et du souffle) consécutive à une période de mouvement permet de prendre conscience de l’immobilité du mental dans les instants qui suivent l’immobilisation.

L’immobilité du mental, engendrée par l’immobilisation soudaine du corps et du souffle, ne dure pas. L’agitation peut revenir notamment avec la reprise du souffle dont on ne cherche pas à prolonger la suspension au delà du confort. Mais l’alternance répétée du mouvement et de l’immobilité approfondit la prise de conscience de l’immobilité du mental pour permettre ensuite de la prolonger au delà de la reprise naturelle du souffle.

Les principes de la pratique

Il y a de multiples façons de mettre en pratique cette alternance répétée du mouvement et  de l’immobilité. Les principes suivants peuvent aider à choisir la pratique, adaptée à chacun, en fonction du moment.

La posture : elle doit permettre un mouvement métronomique de tout ou partie du corps suivi d’une immobilisation confortable et prolongée au besoin.  Les deux postures les plus simples sont l’assise et la position debout.

Le mouvement : Il doit être régulier et suffisamment marqué ; d’une part pour que l’on puisse facilement y porter l’attention et d’autre part pour que le contraste créé par l’immobilisation soit porteur de l’effet attendu.

La durée du mouvement : ce que l’on recherche par cette pratique, c’est la prise de conscience de l’immobilisation du mental induite par l’effet de contraste entre mouvement et immobilité du corps et du souffle. La phase de mouvement n’a donc pas besoin d’être longue ; elle peut ne durer que le temps nécessaire et suffisant pour poser fermement l’attention sur le mouvement.

La durée de l’immobilisation : l’immobilisation résulte de l’arrêt soudain du mouvement du corps et de la suspension du souffle. La suspension du souffle doit rester confortable. Le mouvement reprend donc après quelques instants avec la reprise naturelle du souffle et avant que l’agitation mentale n’apparaisse.

Le nombre de répétitions : Plusieurs répétitions peuvent être nécessaires. Chaque nouvelle répétition permet d’approfondir un peu plus l’attention au mouvement et la prise de la conscience de l’immobilisation du mental. Lorsque l’approfondissement est suffisant, l’immobilisation peut être prolongée au delà de la reprise naturelle du souffle. Une seule répétition peut permettre de retrouver la vigilance perdue.

Pour établir, puis approfondir progressivement l’immobilité du mental sur les instants qui suivent l’immobilisation du corps et du souffle, un état de calme suffisant est préalablement nécessaire, notamment pour que l’attention soit entière pendant les phases de mouvements.

Exemples de pratiques

Balancement en assise : Balancement léger mais marqué du buste de gauche à droite autour de la verticale. Décompte de 21 mouvements (par exemple). L’attention est portée sur chaque mouvement de balancement de l’axe (base – sommet du crane). Au 21ème mouvement de balancement : immobilisation du corps dans la verticale et suspension du souffle. Reprise du mouvement et du décompte avant l’inconfort du souffle et l’apparition de l’agitation mentale. A la fin de la dernière répétition, si le silence est établi, on le prolonge sans support.

Respiration abdominale en assise : Même principe et décompte avec une respiration abdominale marquée. L’attention se porte sur le mouvement de l’abdomen. Le reste du corps est parfaitement immobile. Pour chaque répétition, le souffle reprend avec la reprise volontaire de la respiration abdominale. A la fin de la dernière répétition, le souffle repart seul naturellement.

Marche méditative : Pas de décompte. L’attention se porte sur le contact des pieds sur le sol et sur le mouvement du corps. l’arrêt de la marche et l’immobilisation du corps s’accompagne de la suspension du souffle. L’immobilisation du corps peut se prolonger au delà de la reprise naturelle du souffle. Puis la marche reprend.

En équilibre sur un vélo

Stabiliser la vigilance silencieuse nécessite la Juste concentration qui combine une intention spirituelle, de la concentration, de la discipline mentale, de l’énergie et de l’attention. Pratiquer la Juste concentration revient à une sorte d’exercice d’équilibre (ni trop tendu ni trop relâché). C’est comme d’apprendre à faire du vélo. Au début on est juste capable d’avancer de travers en espérant ne pas tomber. Puis, on finit par comprendre et l’équilibre devient partie intégrante de notre être. La même chose vaut pour la concentration.

Ainsi, après avoir obtenu le silence né de l’immobilisation du corps et du souflle, on le prolonge vers la vigilance silencieuse, comme en équilibre sur un vélo (sans les mains bien sûr !).

L’étape suivante est l’apprentissage du jonglage (avec le souffle par exemple) en équilibre sur le vélo, qui va permettre progressivement d’oublier le vélo (le corps et les cinq sens).

Monocycle, entre mouvement et immobilité

Références :

– Le banquet de shiva (Christian Tikhomiroff)
– Micropratiques (Daniel Odier-youtube) / Tantra Yoga, le tantra de la connaissance suprême
– Manuel de méditation selon le bouddhisme theravada (Ajahn Brahm)
– Eveillez le Bouddha qui est en vous (Lama Surya Das)

Patrick L.

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