Carnet de bord année 2012

 

Première  partie 

LE VOYAGE

Me voilà embarquée dans le train qui m’emmène je ne sais pas encore où. C’est sensé être un direct, mais parfois il fait des arrêts réguliers dans les sept gares principales   ; parfois une pause     ; comme une suspension de quelques minutes, puis repart de plus belle. Le mystère est qu’il n’y a pas de terminus. Tant qu’il a de l’énergie, il gagne de la vitesse vers une destination inconnue, dont je ne soupçonne absolument rien dans ces premiers instants. J’ai entendu dire qu’il peut y avoir une sorte  d’ouverture, une arrivée savoureuse et pleine de ravissements,  mais quoi     exactement?.

Avant le départ, le chef de gare préconise quelques vérifications, et procure des conseils de nettoyage de toutes sortes, une bonne stabilité physique, avec de bonnes tenues en toutes circonstances. Il faut une bonne révision des cinquante mille, car quelques essieux sont rouillés.
La personne que l’on appelle communément «     contrôleur     », ne contrôle pas, mais observe. Ressent même les passagers, plus qu’il ne les observent. Il les accompagne tout au long du voyage. Il est là, présent à nous, et prêt à l’écoute, mais n’intervient qu’à la demande d’un passager. Poinçonnera t-il le billet validant le voyage     ? Rien n’est moins sur, tout est incertain     !

Le sifflet a retenti en ce premier dimanche de janvier 2012. La température extérieure est glaciale, mais à l’intérieur, ça promet d’être intense.  La patience et la persévérance est conseillée car le voyage risque d’être long.

Un wagon particulier est aménagé, au milieu du train. Il sert à proposer des rencontres mensuelles où se retrouvent les quatorze passagers, afin de pratiquer quelques exercices pour faciliter le «     passage     », vers ce lieu inconnu où nous nous dirigeons.
La collaboration des autres voyageurs embarqués est génératrice de soutien, quand paradoxalement, je suis seule dans mon compartiment, face au paysage qui défile. L’observation de ce que je perçois, ne me laisse pas indemne. Parfois des montagnes massives, où les chemins y sont sinueux, et où la cime est difficile à atteindre,  parfois de grands espaces légers, légers…

Je suis arrivée dans ce voyage avec en tête, un aboutissement défini. Très vite, dès le début, je me suis aperçue que je ne devais pas devancer les choses, mais vivre ce chemin tel qu’il se présenterait à moi. Quelque soit l’issue, s’il y en a une     , je dois faire confiance en ce qui doit être vécu. Plus facile à dire qu’à faire     !
En attendant, je suis dans ce wagon avec par moment, une sensation de flottement, parfois de lourdeur. Être là, simplement à ma place, oscillant entre une réalité posée et les doutes ressentis de mon mental, ses incursions et ses dérives. Si tout était si simple, il n’y aurait plus d’effort à fournir. Mais c’est dans l’effort que la lumière adviendra.

Un jour, dans un état mi-songe, mi-éveil, je vis devant moi une route sombre, brumeuse. Au bord de celle-ci, au premier plan, s’adressant à moi, quelqu’un , ou ce qui me parut une partie de moi, me répéta     : «     tu as tout, mais tu as tout     !     ». Puis,  ce personnage se coucha sur le côté, se tassa, se recroquevilla jusqu’à se transformer en pierre presque ronde. La route était toujours là. La brume disparaissant rapidement, laissa place à un paysage rayonnant, qui s’offrait à moi. La pierre toujours là, faisait désormais partie de ce tout. Je me fondais littéralement dedans.

Le Védanta affirme que l’être humain est illimité, qu’il est la réalité de l’univers tout entier.
Avec recul, et dans cette approche Védantique, le petit personnage me disait sûrement que j’ai tout en moi, il faut simplement son émergence.

Après quelques mois, j’oscille entre la tempête et le calme. Parfois prête à l’implosion, où tout m’envahit, m’insupporte     ; ou je rêve de fuir dans un ailleurs     . Puis, plus rien. S’installe alors une mer calme, la plénitude des montagnes, un petit instant……le silence…… enfin

 

Deuxième partie     

MON COLOC

Nous cohabitons depuis toujours. Durant de très nombreuses années, mon coloc et moi, étions dans un assez bon entendement     . Il était discret et nous faisions notre vie sans encombre. Pas toujours en accord, mais avec une petite fête rondement menée, les tensions s’apaisaient. Disons que s’était une sorte d’arrangement pour éviter d’avoir trop de questionnements. Une bonne façon d’échapper à ce qui éprouve.

Puis, avec le temps, les événements, les vécus, la vie quoi     ! les choses ont changé. Mon coloc a pris plus d’assurance. Il est devenu progressivement omniprésent. Je ne me suis pas rendue compte qu’il s’immisçait dans ma vie, insidieusement. Lentement, il a pris le contrôle.

Lorsque je pris la décision  d’entreprendre le voyage, il fit de même. Maintenant,  il loge dans le même compartiment et me suit partout.

Je tente tant bien que mal de le semer, mais il s’arrange toujours pour être là. J’utilise toutes les stratégies, mais rares sont les instants ou je trouve la paix. Lorsque j’arrive enfin, à me concentrer, j’entends une voix qui débarque avec ses gros sabots, genre,     voix d’Arletty :      « Et Simone, t’oublieras pas les piles, pour l’enregistrement     ».
N’importes quelles paroles sans aucun rapport avec l’instant présent est prétexte à me déranger. En fait, c’est juste pour me dire «     coucou, je suis là     ». Quel nombrilique, celui-là     !!.
Il peut arriver à n’importe quel niveau, que ce soit de près ou de loin, mais il me surprend toujours.
Un jour, en plein exercice     ; posée, concentrée, la sphère blanche bien en vue, quand tout à coup, il débarque de nouveau telle la Walkyrie de Wagner dans Apocalypse now. IMPRESSIONNANT     !!! Je dois reconnaître qu’il est fort.

Mais, il est temps que son pouvoir sur moi commence  absolument à s’affaiblir. Ça me fera des vacances     !!
J’ai ressenti plusieurs fois,  dans  une attention accrue, des instants furtifs ou il était absent….. pfftt!!! il n’est plus là, Tout comme le magicien qui vient de faire disparaître un lapin, mais………………..  qui réapparaît.

Ghislaine