9 Questions à une Yogini – Entretien avec Fanny Montagnon

 

1 – Qui es-tu ?

J’ai fait des études de philosophie, et plus jeune, j’ai suivi un cycle complet d’études de piano au CNR de Bourgoin. J’ai découvert le yoga il y a quelques années, et je l’enseigne depuis 1 an à l’école de yoga Horizons à Lyon 1er, et au centre culturel et artistique Artesya, à Lyon 7.

2 – Qu’est-ce que le yoga ?

 » Yoga  » est un terme général sous lequel s’est codifié en Inde un ensemble de pratiques traditionnelles venant d’écoles et d’horizons assez variables. L’idée qui fédère toutes ces pratiques est que le travail sur le corps, à travers des modalités qui peuvent être extrêmement diverses, est indispensable pour atteindre la maîtrise de soi et la pleine conscience. Dans cette optique, le travail sur la respiration, la maîtrise du corps et la conscientisation des énergies constituent l’armature du yoga.

La différence entre le yoga et tout ce qui chez nous peut y ressembler par un point ou par un autre, gym, relaxation, détente…, tient à ce que le yoga s’articule toujours sur une approche globale.

3 – Concrètement quels sont les bienfaits du yoga ?

A travers le yoga, on apprend progressivement à prendre conscience de chaque partie de son corps et de notre fonction physiologique première qui est la respiration. Le corps du yogi n’est plus un instrument mais une modalité de son être. Le premier bienfait du yoga est d’habiter son corps, ce qui signifie qu’on ne voit plus en lui un obstacle ou simplement un organe, mais une pleine présence de soi. D’un point de vue plus médical et plus concret, le yoga a, bien entendu, des effets sur la santé. Malgré ma courte expérience, j’ai eu l’occasion de constater des effets physiologiques très rapides et très favorables chez certains de mes élèves (maux de dos, problèmes respiratoires et digestifs…).  D’un point de vue plus personnel, dans ma pratique du piano, j’ai pu constater qu’avec le yoga, j’avais acquis une maîtrise du geste grâce à la conscience du mouvement, qui me donne une approche globale beaucoup plus sereine du clavier. L’enseignement traditionnel de la musique provoque souvent ces véritables petits drames méconnus, qu’on regroupe sous le nom de crampe du musicien, et qui ont parfois mis fin à de grandes carrières. La cause en est à un rapport de dressage d’un corps qui finit par casser. Le yoga tend à substituer une relation d’écoute du corps à une relation de domination, qui transforme le corps d’obstacle en allié précieux. Je ne suis pas la première à préconiser le yoga pour les musiciens, tout le monde se rappelle les photos de Menuhin dans sa posture sur la tête, les musiciens savent d’instinct tout ce qu’ils ont à gagner à rendre le corps conscient.
De même que l’homme, dans le yoga, remplace un rapport de forçage et de domination du corps par une relation de coopération et d’écoute, il apprend à s’inscrire dans une relation d’harmonie et d’équilibre avec le monde.

4 – Le yoga, discipline orientale, est-il adapté à notre mode de vie occidental ?

Avant de commencer mon apprentissage du yoga, j’ai été initiée par un religieux vietnamien – qui lui-même l’avait été dans un monastère bouddhiste – à des manipulations énergétiques traditionnelles. J’ai pris conscience du fait qu’entre ce monde et nous, il y avait un fossé culturel, mais aussi que ces techniques énergétiques correspondaient réellement à quelque chose. Je me suis rendu compte qu’il fallait distinguer le vecteur culturel et les fondamentaux. Le vecteur culturel s’appuie sur des traditions, des coutumes, des représentations, des modes de vie, qui ne sont pas les nôtres, même s’il a été le moyen par lequel telle ou telle civilisation a pu prendre conscience des fondamentaux. C’est exactement ce qui se passe avec le yoga. Tout un ensemble de techniques orientales relevant parfois de courants très divers ont développé des techniques d’appropriation du corps qui valent au-delà des circonstances de leurs découvertes. A travers les contingences du monde indien, le yoga s’adresse à l’homme universel. Il n’y a là rien d’étonnant. On peut dire exactement la même chose de la science occidentale ou de l’acupuncture chinoise, qui elles aussi se sont développées dans des contextes particuliers liés à des civilisations différentes, et n’en sont pas moins universelles dans leur essence. Le yoga doit donc être distingué des accessoires folkloriques qui appartiennent à sa civilisation de naissance, il a aujourd’hui vocation à s’adresser à tous.

5 – Concrètement, quels sont les bienfaits du yoga pour une personne qui gère son activité, qui est souvent sollicitée et qui doit prendre des décisions importantes ?

Le yoga ne permet évidemment pas d’atteindre immédiatement la sérénité totale, mais c’est quand même un des meilleurs moyens de tenter d’y arriver. De plus, il n’exclut pas les réalités matérielles pour ne se consacrer qu’à une spiritualité détachée du monde, il tend au contraire à rendre l’homme plus ancré, plus en phase avec le monde, plus apte à agir et réagir en n’importe quelle circonstance.

6 – Que répondre à quelqu’un qui dit  » j’ai trop de travail, je n’ai pas le temps de faire du yoga  » ?

Il y a des pratiques extrêmement brèves, par exemple respiratoires, qu’on peut faire assis à son bureau. La séance de yoga n’est pas forcément une cérémonie qui nécessite une longue coupure. On a, de toutes façons, toujours besoin de faire des pauses, et se livrer pendant à peine quelques minutes à un travail de souffle, ne peut qu’avoir un effet bénéfique sur l’activité professionnelle.

7 – Qui peut pratiquer le yoga ?

Tout le monde ! Il ne faut pas en rester au stéréotype du yogi en lotus qui a effectivement, de quoi décourager le plus grand nombre. Les représentations les plus classiques, du lotus jusqu’au postures les plus improbables ont souvent pour nous un effet dissuasif, on se dit qu’il faut une souplesse exceptionnelle pour arriver à de telles contorsions, et donc, qu’on n’est pas fait pour le yoga. C’est un peu comme si quelqu’un se disait qu’il ne peut pas faire de sport car il ne sera jamais capable de courir le 100 m en dix secondes. Le yoga, ce n’est ni le lotus, ni  les postures invraisemblables qui montrent une souplesse inaccessible. C’est d’abord une pratique du corps qui s’adresse à tous. A partir du moment où on a un corps, on peut faire du yoga. J’accorde la plus grande importance au travail sur l’énergie qui se fait par des souffles et des visualisations, et cela peut se faire sans la moindre contorsion. Les femmes enceintes, les personnes âgées, les enfants, les personnes ayant des problèmes de santé peuvent évidemment pratiquer le yoga.

8 – Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut s’initier au yoga ?

Tout dépend de son besoin, de son envie, son objectif….
Il faut avant tout s’écouter et voir ce qui est bon pour nous.
Quelle que soit la fréquence des cours, l’idéal serait de pratiquer chez soi tous les jours.
Une bonne école de yoga n’est pas une usine, personnellement, il me semble difficile de faire un vrai cours sérieux pour plus de 15 personnes. Dans un bon enseignement, le prof doit sentir individuellement, le travail de chaque élève, ce qui devient difficile quand le nombre est trop élevé.

9 – Comment définir en une phrase ce que le yoga t’a apporté ?

Le yoga m’a apporté beaucoup plus que ce qu’on peut définir en une phrase.

Propos recueillis par Thomas Poisat