Jala neti : la douche nasale

Jala neti : la douche nasale

Une purification par l’eau

Les yogis disposent de nombreuses techniques qui permettent, au-delà de la toilette classique, de purifier le corps de l’intérieur et de le préparer à la pratique du hatha yoga. Jala neti, la purification du nez par l’eau, permet de maintenir une bonne hygiène nasale et constitue un excellent préalable au pranayama.

Les sat karman, purifications internes

Les actes de purification interne du yoga sont appelés sat karman ou parfois kriya, ils sont évoqués dans le Hatha Yoga Pradipika et surtout dans la Gherandha Samhita. Ces traités classiques du hatha yoga en signalent six (dhauti, basti, neti, tratakam, nauli et kapalabhati), qui se déclinent en de nombreuses techniques. Les sat karman utilisent l’air, le feu intérieur et l’eau avec parfois certains accessoires, ces trois éléments (tridhatu) sont associés aux trois principes dynamiques (dosha) de la médecine ayurvédique : vata (souffle), pitta (bile) et kapha (phlegme). Les troubles ou pathologie entraînés par le déséquilibre de ces dosha, peuvent être éliminés par les kriya qui ont une véritable action thérapeutique.

Si les sat karman ont des effets curatifs indéniables, beaucoup de pratiquants du yoga préfèrent les utiliser régulièrement à titre préventif et hygiénique. Certains yogis renonçants vont beaucoup plus loin en faisant un véritable sadhana des purifications, se consacrant à des techniques compliquées de dhauthi et de basti. Ces macérations parfois impressionnantes ne sont pas conseillées au pratiquant qui vit dans le monde. A l’opposé de ces renonçants, certains yogi tantriques font très peu de cas des nettoyages internes, considérant que le pranayama est le meilleur kriya.

jala neti la douche nasaleJala neti une technique simple et efficace

Jala neti est sans doute le sat karman le plus connu et le plus pratiqué. Il s’agit de purifier toutes les fosses nasales (neti) avec de l’eau (jala), il convient pour cela d’utiliser un récipient conçu spécialement pour cet usage, appelé lota. Ce récipient a plus ou moins la forme d’une théière avec un emplacement plus étroit qui permet de le saisir fermement entre le pouce d’un côté, et l’index et le majeur de l’autre.

Le lota est rempli d’eau salée (une cuillerée à café de sel pour environ un demi litre d’eau). Pencher la tête en avant au dessus d’un lavabo ou du sol à l’extérieur, puis inclinant la tête d’un côté porter l’embout du lota contre une narine et commencer à y verser l’eau. Les fosses nasales se remplissent d’eau qui ressort par l’autre narine. Après avoir vidé environ la moitié du lota, incliner la tête de l’autre côté, et verser le reste de l’eau dans l’autre narine. La bouche doit rester entrouverte pendant toute l’opération, on peut éventuellement respirer un peu par la bouche si besoin est.

Lorsque le lota est vide, la tête toujours en avant, laisser l’eau qui est restée dans le nez s’écouler, puis joindre les mains derrière le dos, bras tendus et souffler par le nez plusieurs fois la tête penchée en avant puis recommencer en relevant la tête mais le buste toujours penché au dessus du lavabo. Ensuite incliner la tête de côté et souffler à nouveau. Renouveler en inclinant la tête de l’autre côté. Recommencer cette opération en quatre temps jusqu’à bien sécher les narines. Le séchage est très important, il faut veiller à ne jamais laisser séjourner d’eau dans les fosses nasales.

Des effets bénéfiques importants

La pratique de jala neti amène de nombreux bienfaits en purifiant et en stimulant la muqueuse nasale. Elle permet de maintenir une bonne hygiène du nez en éliminant les mucosités, elle prévient les rhumes, les nez bouchés ou desséchés, la formation de croûtes ou autres. Elle agit également par voie réflexe dans tout le corps en stimulant les terminaisons nerveuses qui tapissent la muqueuse. Neti a également un effet direct sur le nerf olfactif et affine ainsi l’odorat. Cette pratique bénéficie aux yeux et au cerveau en améliorant la circulation sanguine dans la tête, elle produit une sensation de propreté, de fraîcheur et de confort.

Jala neti est particulièrement indiqué pour les personnes en contact avec la poussière ou sujettes aux rhumes de cerveau, mais également pour les fumeurs, les ronfleurs, toute personne désireuse de garder une bonne hygiène nasale, et évidemment les pratiquants du yoga.

En général, on rajoute une cuillère à café de sel dans l’eau du lota, mais il est possible de mettre 2/3 de sel et 1/3 de bicarbonate de soude. Pour les puristes, la solution idéale pour la douche nasale est de mettre 9 g de fleur de sel et 4,5 g de chlorure de magnésium pour un litre d’eau, et la température devrait être de 33°C. Cependant les yogis ne sont généralement pas aussi méticuleux et vont souvent un peu plus dans les extrêmes. Ainsi la température de l’eau peut beaucoup varier suivant les cas : l’eau chaude est indiquée pour mieux purifier les muqueuses (efficace en cas de rhume), tandis que l’eau froide stimule davantage et tonifie de façon incomparable. Quoi qu’il en soit la pratique de jala neti, au-delà de ses aspects hygiéniques, vise avant tout à assurer un bon fonctionnement de la respiration, préalable à la pratique des souffles, que l’on nomme pranayama.

Unir les trois fleuves

Il est intéressant de souligner quelques aspects symboliques qui peuvent être associés à la pratique de jala neti. Dans le cadre du yoga cette technique n’est pas appréhendée comme un simple exercice hygiénique mais comme un acte de purification qui n’agit pas qu’au niveau physique, mais qui a des répercussions sur tout notre être. Le corps étant considéré comme le temple de notre conscience, on peut voir jala neti comme une purification de ce temple ou encore comme une offrande au divin qui y siège. Quelle meilleure offrande que de l’eau ?

Par l’usage de l’eau salée ce kriya nous permet également de nous relier à nos origines tant individuelles (la mère, le fœtus et le liquide amniotique), que collectives (la mer, l’œuf cosmique, le poisson, premier avatar de Vishnu, Matsyandranath, adi guru).

On peut certes considérer le filet d’eau qui s’écoule des narines comme impur, mais ne vaut-il mieux pas le percevoir comme le Gange céleste jaillissant du gros orteil de Vishnu et capté sur terre par Shiva le grand yogi ?

On sait que les narines sont associées aux deux principaux canaux (nadi) d’énergie subtile (prana), nommés ida, le canal lunaire gauche, et pingala, le canal solaire droit. Il s’agit dans le hatha yoga d’unir ces deux canaux afin d’éveiller l’énergie dans le canal central (shushumna). Le fait de passer l’eau d’une narine à l’autre donne une base concrète à cette union subtile qui est recherchée à travers le pranayama. Cette mise en contact des deux canaux illustrés par les deux flots purifiants dans le nez, rappelle en outre la mythologie indienne où ida et pingala sont associées aux deux fleuves sacrés Ganga et Yamuna, il est dit qu’où ces deux fleuves s’unissent en naît un troisième parfois appelé Sarasvati, associé à shushumna nadi.

A consulter aussi :
« Le yoga du corps la Gheranda Samhita », Jean Papin, Dervy.
« La santé par le nez » Ludmilla De Bardo, Ed Jouvence.

Khristophe Lanier

Article paru dans InfosYoga n°44 de Novembre/Décembre 2003

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